1 - Badillet
G. Les épidermophyties. In: Les dermatophyties:
atlas clinique et biologique. Paris: Varia, 1982:30-38.
2 - Cremer
G., Bousseloua N., Roudot-Thoraval F., Houin R., Revuz
J. Les teignes au centre hospitalier de Créteil.
Quelles tendances sur les dix ans. Ann Dermatol Venereol
1998; 125:171-3.
3 -
Elewski
B.E. Tinea capitis: a current perspective. J Am Acad
Dermatol 2000; 42:120; quiz 21-4.
4 -
Gupta
A.K., Suminerbell R.C. Tinea capitis [In Process Citation].
Med Mycol 2000; 3 8:255-87.
5 -
Le
Guyadec J., Le Guyadec T. Quelle prévention des
teignes en milieu scolaire ? Ann Dermatol
Venereol 2000;
127:450-4.
6-
Midgley
G., Clayton Y.M., Hay R.J., Mycoses superficielles. In:
Atlas de poche de mycologie. Paris: Flammarion médecine
science, 1998:17-86.
7 - Viguie-Vallanet
C. Les teignes. Ann Dermatol Venereol 1999 ; 126:349-56.
Pathologie
fréquente sous les tropiques, voire endémique
dans certains pays, les teignes à transmission
interhumaine (anthropophile) en France sont une pathologie
d'importation le plus souvent. Il existe des teignes
(zoophiles) avec une transmission d'animal à homme
sans risque de contamination interhumaine (tableau I)
. Les teignes géophiles, plus rares, sont dues à un
champignon du sol, par contact direct ou par l'intermédiaire
d'un animal porteur du champignon. Devant une lésion
du cuir chevelu squamo-croûteuse, plus ou moins
alopéciante ou suppurée, il faut penser
au diagnostic de teigne et effectuer un prélèvement
mycologique pour confirmer le diagnostic par l'identification
du dermatophyte responsable, orienter l'enquête épidémiologique
et faciliter le traitement. Les agents pathogènes
des teignes, les dermatophytes, sont connus depuis
le début du XXe siècle et leur importance
relative s'est modifiée au cours du temps :
les teignes trichophytiques étaient deux fois
plus nom. Dès 1953, avant l'apparition de la
griséofulvine, le nombre de teignes à Microsporum
audouinii avait diminué et celui des teignes à Microsporum
canis augmenté. Il s'agissait de teignes autochtones.
En 1969, Rivalier et Badillet signalaient la quasi-disparition
de Microsporum audouinii, et l'apparition de teignes à Microsporum
langeronii importés d'Afrique noire. En 1976, à l'hôpital
Saint-Louis à Paris, on isolait 117 cas
de teigne à Microsporum canis et 16 cas
de teigne à Microsporum audouinii. Cette augmentation
de souches de Microsporum canis correspondait à l'augmentation
du nombre d'animaux de compagnie : chien, chat,
lapin etc. En 1993, à Tarnier, nous avons diagnostiqué 57 teignes
importées dues à Microsporum audouinii
(36), Trichophyton soudanense (13), Trichophyton violaceum
(8), et 18 teignes autochtones : 16 Microsporum
canis, et 2 Trichophyton rubrum.
Les traitements sont devenus plus efficaces depuis l'apparition
de nouvelles molécules telles que la terbinafine ou
l'itraconazole, et les traitements locaux sont facilités
par des formes galéniques plus adaptées comme
les lotions ou les shampooings.
8 - Viguie-Vallanet
C. La question du mois : quelle prévention
des teignes en milieu scolaire ?. Ann Dermatol
Venereol. 2000
; 127 : 450
La
prévention doit d'abord passer par une certitude
diagnostique, c'est-à-dire par un prélèvement
mycologique réalisé dans de bonnes conditions
afin d'affirmer le caractère contagieux ou non
des lésions. Se contenter d'un examen clinique
seul conduit à des erreurs diagnostiques, et nous
prélevons souvent au laboratoire des dermites
séborrhéiques profuses du cuir chevelu
prises pour des teignes. On les appelait autrefois « fausses
teignes amiantacées ». Le prélèvement
permet de connaître le dermatophyte responsable
de la teigne : s'il est anthropophile (transmission
inter-humaine comme Microsporum langeronii, Trichophyton
soudanense), il existe un risque de contagion pour l'entourage ;
mais s'il est zoophile (transmission animal-humain comme
Microsporum canis, Trichophyton mentagrophytes) ou géophile
(Microsporum gypseum), il n'y a pas de danger pour l'entourage.
L'obtention des résultats de l'examen mycologique
nécessite un certain temps (4 semaines environ)
pendant lequel l'enfant sera traité. Lorsque le
diagnostic de teigne anthropophile est rendu, la guérison
est en cours et l'enfant n'est plus contagieux, alors
qu'avant son traitement et avant la découverte
clinique de la lésion il était un sujet à risque
pour les autres enfants et les adultes de son entourage.
Les enquêtes scolaires que nous effectuons à l'hôpital
Tarnier nous ont permis de distinguer plusieurs possibilités
de contamination. Les teignes zoophiles ou géophiles n'ont
jamais atteint que l'enfant examiné ou les sujets en contact
avec l'animal contaminé. Pour les teignes anthropophiles,
nous avons surtout des cas de teignes à Trichophyton soudanense
et à Microsporum langeronii, en France. Ces teignes proviennent
de patients africains le plus souvent. Ces dermatophytes sont
les mêmes que ceux qui sont isolés en Afrique [1].
Pour Trichophyton soudanense, nous avons trouvé une contamination
scolaire faible voire inexistante dans les classes de primaire.
Par contre, la contamination familiale est importante dans les
zones de forte immigration. Les teignes à Microsporum
langeronii sont plus contagieuses, surtout dans les classes de
maternelle. Nous avons trouvé 30 p. 100 de personnes
contaminées dans une crèche du 13e arrondissement à Paris
en 1993. Un traitement des patients atteints ou « porteurs
sains », sans éviction, a permis de guérir
les sujets atteints avec arrêt de la contamination sans éviction
des enfants [2].
L'éviction scolaire d'enfants atteints de teigne semble
inutile et dommageable pour les enfants en primaire, car l'identification
du champignon est longue, et les trimestres scolaires courts.
Les enfants en cause sont aussi souvent des enfants en échec
scolaire. Leur éviction risque d'augmenter leur retard
scolaire et leur séjour dans les rues. Ils risquent de
contaminer les amis de rencontre ou les membres de la famille.
L'enquête scolaire de la classe semble plus utile que l'éviction.
Elle permet de trouver les sujets atteints de teigne ou « porteurs
sains », en cas de contamination avant la découverte
du cas princeps.
Le rôle du médecin scolaire en cas de teigne est
important. Il est en mesure de trouver les enfants de la même
famille dans l'école ou les écoles environnantes,
afin de les examiner, les prélever et les faire traiter
si besoin. De même, il devrait pouvoir convoquer les parents
d'enfants atteints, afin de leur expliquer la nécessité d'une
enquête dans la famille et l'entourage, pour limiter la
contagion.
Les enquêtes familiales et scolaires que nous avons effectuées
depuis des années ont permis de dépister les « porteurs
sains » et de les traiter avant l'apparition de lésions
cliniques. Nous n'avons pas observé de cas de teigne après
traitement de ces patients.
En pratique, les médecins scolaires et les enseignants
devraient être mieux informés sur les teignes du
cuir chevelu afin d'éviter une peur de la contagion souvent
décelée dans les mesures prises par les chefs d'établissements
scolaires (désinfection inutile des locaux, avec un risque
d'irritation des muqueuses dû aux vapeurs toxiques des
produits utilisés). Le médecin scolaire pourrait,
comme nous le pratiquons depuis 1992 à Chanteloup-les-Vignes,
prélever les enfants suspects à la moquette et
envoyer ces prélèvements dans des centres compétents.
L'absence d'éviction scolaire ne signifie pas laxisme
si elle s'accompagne d'une prise en charge des enfants atteints
et de la mise en évidence ainsi que du traitement de tous
les sujets atteints dans l'entourage (école, crèche,
famille plus ou moins élargie). Cette mesure d'éviction
scolaire, nécessaire pour des lésions très
contagieuses et rapidement traitées (impétigo,
gale), n'a plus de raison d'être actuellement pour une
affection chronique et longue à traiter, surtout si on évite
la contagion avec des mesures de dépistage des sujets
atteints au moment de la découverte des premiers cas.
Des mesures d'hygiène simple sont nécessaires en
maternelle ou dans les crèches afin d'éviter la
contamination des enfants : pas d'échange d'oreillers,
de couvre-chefs, ni de peignes. Actuellement, les enfants ont
les cheveux rasés, comme cela se faisait au début
du siècle. Il faut pouvoir stériliser la grille
du rasoir et ne pas utiliser la même tondeuse pour différents
enfants, surtout s'il existe une teigne chez un des enfants.
Un dépistage des enfants revenant de vacances en Afrique
pourrait éviter une contamination des enfants en classe
et dans les familles. C'est peut-être une utopie, mais
l'information des enseignants sur la maladie permettrait de prévenir
le médecin de l'école devant des lésions
suspectes.
La compétence des médecins scolaires, le dépistage
fait par les enseignants, les enquêtes familiales et scolaires
suivies d'un traitement précoce et efficace des lésions
sont certainement des mesures plus sûres pour éviter
l'extension d'une épidémie que l'éviction
scolaire.
[1] Vandemeulebroucke E., Mounkassa B., de Loye J., Jousserand
P., Poujade F., Petitthory J.C. Teignes du cuir chevelu en milieu
rural
au Mali. J Mycol Med 1999;9:111-3.
[2] Viguié-Vallanet C., Savaglio N., Piat C., Tourte-Schaefer
C. Epidémiologie des teignes à Microsporum langeronii
en région parisienne. Ann Dermatol Venereol 1997;124:696-9.
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