Teigne

La teigne est une infection des cheveux ou des poils provoquée par des champignons transmis par l'homme ou des animaux. Cette infection se traduit par des plaques sans cheveu, une desquamation ou une croute du cuir chevelu. Le diagnostic de teigne repose sur l'examen mycologique, le traitement nécessite la prise d'antimycosiques par voie orale durant deux mois.

Auteur : Dr Philippe Abimelec
Mise à jour scientifique : décembre 2013
Vote :  
 54 avis

VOS QUESTIONS SUR LA TEIGNE

Qu’est-ce que la teigne ?

La teigne désigne une infection des cheveux ou des poils de la barbe (sycosis) provoquée par des champignons du genre dermatophytes ; elle est rare en France. Les enfants sont le plus souvent victimes de cette infection (neuf fois sur dix) qui touche rarement les adultes.

Le groupe de champignons responsables des teignes peut aussi toucher la peau – on parle alors d’herpès circiné – les pieds ou les espaces entre les orteils – on parle d’intertrigo inter-orteils ou de pied d’athlète – les plis de l’aine – on parle d’eczéma marginé de Hébra – ou encore les ongles – on parle alors de mycose des ongles (onychomycose).

Qu’est-ce qui provoque la teigne ?

Les dermatophytes, à l’origine de la teigne, peuvent être divisés en trois groupes en fonction de leur origine ou de leur hôte de prédilection. Les dermatophytes zoophiles sont d’origine animale, les dermatophytes anthropophiles sont d’origine humaine alors que les dermatophytes géophiles proviennent du sol.

La teigne à transmission inter humaine
C’est la forme la plus fréquente en France, où elles touchent plus particulièrement des enfants et des adolescents transplantés. Les champignons dermatophytes responsables sont dit anthropophiles. Ces champignons se transmettent entre les êtres humains lors d’un contact direct avec des cheveux, des poils ou des débris contaminés au niveau du cuir chevelu du patient infecté, ou bien par un contact indirect avec des cheveux ou des débris qui peuvent se trouver sur des vêtements (chapeaux), des oreillers, des serviettes de toilette ou des objets variés (peignes, brosses, pinces à cheveux). Les enfants contaminés par des dermatophytes anthropophiles (Microsporum langeronii, Tricocophyton soudanense, Tricophyton violaceum) peuvent à leur tour transmettre ces infections aux autres êtres humains (enfants et adultes) à l’intérieur de la cellule familiale ou bien en milieu scolaire.

La teigne transmise par les animaux
Les champignons zoophiles sont à l’origine des teignes qui sont transmises lors d’un contact avec des animaux comme les chats, les chiens, les lapins ou les hamsters. La transmission des champignons des espèces zoophiles (Microsporum canis) se fait directement à partir d’un contact direct avec des poils de l’animal contaminé et potentiellement à partir d’objets contaminés. La teigne provoquée par des champignons transmis à l’homme par les animaux ne se transmet en général pas d’homme à homme.

La teigne transmise par le sol
Elle est extrêmement rare, la contamination se fait directement par le sol contaminé ou par l’intermédiaire d’un animal.

Quels sont les symptômes de la teigne ?

La teigne se manifeste au niveau du cuir chevelu par une tache rouge et arrondie dépourvue de cheveux. La tache est souvent recouverte de squames fines (elle pèle), de croûtes ou parfois même de pus. Les cheveux sont coupés courts, raréfiés, voire absents. Certaines teignes (teignes tricophytiques) comportent de très nombreuses petites plaques de 1 à 5 millimètres de diamètre où les cheveux sont cassés à ras, alors que d’autres (teignes microsporiques) ne comportent qu’une ou deux plaques où les cheveux sont coupés courts (1 cm). Enfin, certaines teignes comportent une inflammation importante (kérion) qui se traduit par une plaque rouge et gonflée parfois recouverte de pus. La teigne peut aussi se contaminer sur la peau du corps ou du visage, où elle réalise un herpès circiné.
teigne
Teigne

Quels sont les sujets à risques ?

Les familles transplantées (en Afrique particulièrement) lorsque la prosmiscuité et les conditions socio-économiques défavorables contribuent à la propagation de l’infection en zone urbaine.

Les sujets en contact avec le pelage des animaux infectés par les champignons responsables des teignes (chats, chiens, lapins, hérissons, chevaux…).

Comment se fait le diagnostic de teigne ?

Le diagnostic est souvent très délicat au début, la survenue d’une tache rouge sans cheveux dont la surface pèle est très évocatrice sur le cuir chevelu d’un enfant.

Un examen avec une lampe à ultraviolets (lumière de Wood) entraine une fluorescence particulière avec certains champignons; cet examen peut être réalisé pour conforter le diagnostic et faciliter le prélèvement des cheveux contaminés.

Votre dermatologue prescrira un prélèvement mycologique auprès d’un laboratoire d’analyse spécialisé, qui grattera la surface de la tache, recueillera les débris et prélèvera des cheveux. Ces prélèvements seront ensuite analysés au microscope et mis en culture pour confirmer le diagnostic et identifier le champignon responsable de l’infection. La culture des dermatophytes demande en général trois semaines, mais l’on peut obtenir plus rapidement les résultats de l’examen microscopique qui confirment l’infection. L’identification du champignon par la culture est très importante, puisqu’elle permet de savoir si le champignon responsable est anthrophile et donc susceptible d’être transmis facilement d’homme à homme. Enfin, un échantillon de peau peut être prélevé par le dermatologue pour être analysé au microscope; cependanrt, cet examen histologique est rarement nécessaire.

Quel est le traitement de la teigne ?

Un traitement avec des antimycosiques par voie orale est indispensable (griséofulvine ou terbinafine) pendant 8 semaines (griséofulvine) ou 4 semaines (terbinafine). Un traitement local avec des lotions antimycosiques peut parfois compléter la thérapeutique.

Un suivi mensuel éventuellement complété par un examen mycologique est nécessaire jusqu’à la guérison.

Un examen de tous les sujets ayant été au contact des malades est nécessaire; le dermatologue décidera alors de l’opportunité d’un traitement pour ces patients.

Que faire pour prévenir cette infection ?

Faut-il retirer son enfant malade de l’école jusqu’à la guérison ?

Lorsque l’examen mycologique met en évidence une teigne anthropophile, une loi française de mai 1989 impose une éviction scolaire des enfants contaminés jusqu’à l’obtention d’un examen mycologique négatif et un dépistage des sujets ayant été en contact avec le patient malade « Pour le malade, éviction jusqu’à présentation d’un certificat attestant qu’un examen microscopique a montré la disparition de l’agent pathogène ; pour les sujets contacts, dépistage systématique ».
Les dermatologues français ne sont pas tous d’accord sur la conduite à adopter dans ce cas (cf. réf. biblio.8). L’éviction scolaire semble toutefois nécessaire pour les teignes très contagieuses provoquées par Microsporum langeronii, surtout si elle surviennent chez de petits enfants en crèche ou en classe maternelle. Dans ces cas, l’éviction scolaire est recommandée jusqu’à l’obtention d’un examen mycologique négatif. La loi impose aussi un dépistage de tous les sujets qui ont été en contact avec le patient malade, mais en pratique ce dépistage n’est pas facile à réaliser pour des raisons économiques.

Certains sujets peuvent être porteurs de la maladie sans le savoir (porteurs sains) et peuvent être dépistés grâce à l’examen médical complété par un prélèvement mycologique.

Il faut éviter le contact avec les patients porteurs de teigne et ne pas utiliser leurs effets personnels.

Il faut éviter également le contact direct avec les animaux suspects, qui doivent être examinés par le vétérinaire qui les traitera si nécessaire (l’animal contaminateur a souvent des poils fluorescents à la lumière ultraviolette - lumière noire - au niveau du museau ou derrière les oreilles).

Références bibliographiques

1 – Badillet G. Les épidermophyties. In: Les dermatophyties: atlas clinique et biologique. Paris: Varia, 1982:30-38. 2 – Cremer G., Bousseloua N., Roudot-Thoraval F., Houin R., Revuz J. Les teignes au centre hospitalier de Créteil. Quelles tendances sur les dix ans. Ann Dermatol Venereol1998; 125:171-3.

3- Elewski B.E. Tinea capitis: a current perspective. J Am Acad Dermatol 2000; 42:120; quiz 21-4.

4 – Gupta A.K., Suminerbell R.C. Tinea capitis [In Process Citation]. Med Mycol 2000; 3 8:255-87.

5 - Le Guyadec J., Le Guyadec T. Quelle prévention des teignes en milieu scolaire ? Ann Dermatol Venereol 2000; 127:450-4.

6- Midgley G., Clayton Y.M., Hay R.J., Mycoses superficielles. In: Atlas de poche de mycologie. Paris: Flammarion médecine science, 1998:17-86.

7 - Viguie-Vallanet C. Les teignes. Ann Dermatol Venereol 1999 ; 126:349-56. Pathologie fréquente sous les tropiques, voire endémique dans certains pays, les teignes à transmission interhumaine (anthropophile) en France sont une pathologie d’importation le plus souvent. Il existe des teignes (zoophiles) avec une transmission d’animal à homme sans risque de contamination interhumaine (tableau I) .Les teignes géophiles, plus rares, sont dues à un champignon du sol, par contact direct ou par l’intermédiaire d’un animal porteur du champignon. Devant une lésion du cuir chevelu squamo-croûteuse, plus ou moins alopéciante ou suppurée, il faut penser au diagnostic de teigne et effectuer un prélèvement mycologique pour confirmer le diagnostic par l’identification du dermatophyte responsable, orienter l’enquête épidémiologique et faciliter le traitement. Les agents pathogènes des teignes, les dermatophytes, sont connus depuis le début du XXe siècle et leur importance relative s’est modifiée au cours du temps : les teignes trichophytiques étaient deux fois plus nom. Dès 1953, avant l’apparition de la griséofulvine, le nombre de teignes à Microsporum audouinii avait diminué et celui des teignes à Microsporum canis augmenté. Il s’agissait de teignes autochtones. En 1969, Rivalier et Badillet signalaient la quasi-disparition de Microsporum audouinii, et l’apparition de teignes à Microsporum langeronii importés d’Afrique noire. En 1976, à l’hôpital Saint-Louis à Paris, on isolait 117 cas de teigne à Microsporum canis et 16 cas de teigne à Microsporum audouinii. Cette augmentation de souches de Microsporum canis correspondait à l’augmentation du nombre d’animaux de compagnie : chien, chat, lapin etc. En 1993, à Tarnier, nous avons diagnostiqué 57 teignes importées dues à Microsporum audouinii (36), Trichophyton soudanense (13), Trichophyton violaceum (8), et 18 teignes autochtones : 16 Microsporum canis, et 2 Trichophyton rubrum. Les traitements sont devenus plus efficaces depuis l’apparition de nouvelles molécules telles que la terbinafine ou l’itraconazole, et les traitements locaux sont facilités par des formes galéniques plus adaptées comme les lotions ou les shampooings.

8 – Viguie-Vallanet C. La question du mois : quelle prévention des teignes en milieu scolaire ?. Ann Dermatol Venereol. 2000 ; 127 : 450 La prévention doit d’abord passer par une certitude diagnostique, c’est-à-dire par un prélèvement mycologique réalisé dans de bonnes conditions afin d’affirmer le caractère contagieux ou non des lésions. Se contenter d’un examen clinique seul conduit à des erreurs diagnostiques, et nous prélevons souvent au laboratoire des dermites séborrhéiques profuses du cuir chevelu prises pour des teignes. On les appelait autrefois « fausses teignes amiantacées ». Le prélèvement permet de connaître le dermatophyte responsable de la teigne : s’il est anthropophile (transmission inter-humaine comme Microsporum langeronii, Trichophyton soudanense), il existe un risque de contagion pour l’entourage ; mais s’il est zoophile (transmission animal-humain comme Microsporum canis, Trichophyton mentagrophytes) ou géophile (Microsporum gypseum), il n’y a pas de danger pour l’entourage. L’obtention des résultats de l’examen mycologique nécessite un certain temps (4 semaines environ) pendant lequel l’enfant sera traité. Lorsque le diagnostic de teigne anthropophile est rendu, la guérison est en cours et l’enfant n’est plus contagieux, alors qu’avant son traitement et avant la découverte clinique de la lésion il était un sujet à risque pour les autres enfants et les adultes de son entourage. Les enquêtes scolaires que nous effectuons à l’hôpital Tarnier nous ont permis de distinguer plusieurs possibilités de contamination. Les teignes zoophiles ou géophiles n’ont jamais atteint que l’enfant examiné ou les sujets en contact avec l’animal contaminé. Pour les teignes anthropophiles, nous avons surtout des cas de teignes à Trichophyton soudanense et à Microsporum langeronii, en France. Ces teignes proviennent de patients africains le plus souvent. Ces dermatophytes sont les mêmes que ceux qui sont isolés en Afrique [1]. Pour Trichophyton soudanense, nous avons trouvé une contamination scolaire faible voire inexistante dans les classes de primaire. Par contre, la contamination familiale est importante dans les zones de forte immigration. Les teignes à Microsporum langeronii sont plus contagieuses, surtout dans les classes de maternelle. Nous avons trouvé 30 p. 100 de personnes contaminées dans une crèche du 13e arrondissement à Paris en 1993. Un traitement des patients atteints ou « porteurs sains », sans éviction, a permis de guérir les sujets atteints avec arrêt de la contamination sans éviction des enfants [2]. L’éviction scolaire d’enfants atteints de teigne semble inutile et dommageable pour les enfants en primaire, car l’identification du champignon est longue, et les trimestres scolaires courts. Les enfants en cause sont aussi souvent des enfants en échec scolaire. Leur éviction risque d’augmenter leur retard scolaire et leur séjour dans les rues. Ils risquent de contaminer les amis de rencontre ou les membres de la famille. L’enquête scolaire de la classe semble plus utile que l’éviction. Elle permet de trouver les sujets atteints de teigne ou « porteurs sains », en cas de contamination avant la découverte du cas princeps. Le rôle du médecin scolaire en cas de teigne est important. Il est en mesure de trouver les enfants de la même famille dans l’école ou les écoles environnantes, afin de les examiner, les prélever et les faire traiter si besoin. De même, il devrait pouvoir convoquer les parents d’enfants atteints, afin de leur expliquer la nécessité d’une enquête dans la famille et l’entourage, pour limiter la contagion. Les enquêtes familiales et scolaires que nous avons effectuées depuis des années ont permis de dépister les « porteurs sains » et de les traiter avant l’apparition de lésions cliniques. Nous n’avons pas observé de cas de teigne après traitement de ces patients. En pratique, les médecins scolaires et les enseignants devraient être mieux informés sur les teignes du cuir chevelu afin d’éviter une peur de la contagion souvent décelée dans les mesures prises par les chefs d’établissements scolaires (désinfection inutile des locaux, avec un risque d’irritation des muqueuses dû aux vapeurs toxiques des produits utilisés). Le médecin scolaire pourrait, comme nous le pratiquons depuis 1992 à Chanteloup-les-Vignes, prélever les enfants suspects à la moquette et envoyer ces prélèvements dans des centres compétents. L’absence d’éviction scolaire ne signifie pas laxisme si elle s’accompagne d’une prise en charge des enfants atteints et de la mise en évidence ainsi que du traitement de tous les sujets atteints dans l’entourage (école, crèche, famille plus ou moins élargie). Cette mesure d’éviction scolaire, nécessaire pour des lésions très contagieuses et rapidement traitées (impétigo, gale), n’a plus de raison d’être actuellement pour une affection chronique et longue à traiter, surtout si on évite la contagion avec des mesures de dépistage des sujets atteints au moment de la découverte des premiers cas. Des mesures d’hygiène simple sont nécessaires en maternelle ou dans les crèches afin d’éviter la contamination des enfants : pas d’échange d’oreillers, de couvre-chefs, ni de peignes. Actuellement, les enfants ont les cheveux rasés, comme cela se faisait au début du siècle. Il faut pouvoir stériliser la grille du rasoir et ne pas utiliser la même tondeuse pour différents enfants, surtout s’il existe une teigne chez un des enfants. Un dépistage des enfants revenant de vacances en Afrique pourrait éviter une contamination des enfants en classe et dans les familles. C’est peut-être une utopie, mais l’information des enseignants sur la maladie permettrait de prévenir le médecin de l’école devant des lésions suspectes. La compétence des médecins scolaires, le dépistage fait par les enseignants, les enquêtes familiales et scolaires suivies d’un traitement précoce et efficace des lésions sont certainement des mesures plus sûres pour éviter l’extension d’une épidémie que l’éviction scolaire. [1] Vandemeulebroucke E., Mounkassa B., de Loye J., Jousserand P., Poujade F., Petitthory J.C. Teignes du cuir chevelu en milieu rural au Mali. J Mycol Med 1999;9:111-3. [2] Viguié-Vallanet C., Savaglio N., Piat C., Tourte-Schaefer C. Epidémiologie des teignes à Microsporum langeronii en région parisienne. Ann Dermatol Venereol 1997;124:696-9.

Version imprimable
NOUS SUIVRE